Daniele Tosato Rigo, professeure honoraire de la Faculté des lettres

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Spécialiste de la Révolution helvétique (1798) et des relations russo-suisses, première femme à être nommée professeure ordinaire à la Section d’histoire de l'UNIL (2001), Danièle Tosato-Rigo accède au statut de professeure honoraire.

Bilingue, d’une mère lausannoise et d’un père soleurois, Danièle Tosato-Rigo effectue sa scolarité obligatoire et son gymnase à Bienne, où commence son engagement de longue haleine en faveur du plurilinguisme et de l’égalité des genres. Elle participe activement au boycott des cours ménagers auxquels seules les filles sont astreintes, ce qui lui vaut, avec trois autres gymnasiennes, une condamnation par le tribunal de district biennois en 1980. Le mouvement initié à Bienne a conduit à des changements au niveau fédéral.

Après des études d’histoire et de russe à la Faculté des lettres de l’Université de Lausanne et à l’Université d’Etat Lomonossov de Moscou, elle allie enseignement gymnasial et fonctions d’assistante diplômée en histoire moderne à Lausanne (1985-1990), puis de collaboratrice scientifique aux Archives fédérales (1990-1993). Avec Antoine Fleury et des historiens russes, elle édite à la faveur du tournant historique de la « perestroïka » et d’une ouverture exceptionnelle d’archives russes jusqu’alors secrètes, un important ensemble de documents sur les relations helvético-russes (Suisse-Russie, Contacts et ruptures, 1813-1955, Berne, Paul Haupt, 1994, paru simultanément en langue russe à Moscou). Nommée maître-assistante à l’Université de Lausanne en 1994, elle soutient six ans plus tard une thèse de doctorat en histoire des mentalités sur une chronique paysanne bernoise de l’époque de la guerre de Trente Ans, intitulée La chronique de Jodocus Jost, miroir du monde d'un paysan bernois au XVIIe siècle.

Première femme à être nommée professeure ordinaire à la Section d’histoire (2001), puis professeure associée dès 2009, mère de trois filles, elle a constitué un modèle pour des générations de jeunes femmes – et de jeunes hommes – visant à concilier recherches académiques de haut niveau et vie familiale. Durant plus de vingt ans, elle leur a transmis sa passion pour la valorisation et l’analyse des sources historiques, dans une approche socio-culturelle toujours attentive aux dimensions politiques, aiguisant leur regard aussi bien sur les contenus que sur les silences des sources. 

Auteure d’une centaine de contributions, couvrant un large spectre chronologique, géographique et social, éclairant tour à tour les relations suisso-russes, la Révolution helvétique, le Refuge huguenot, l’éducation nobiliaire et les pratiques de l’écrit du for privé, elle a apporté une contribution notable au renouveau de l’approche historique centrée sur les acteurs. Etape marquante de son parcours, l’édition russe de la correspondance de Frédéric-César de La Harpe avec son ancien élève, le tsar Alexandre Ier, réalisée avec l’historien Andrei Andreev, illustre la démarche de va et vient entre l’individuel et le collectif qui marque ses travaux. Monument de plus de 3000 pages, accompagné d’un ample apparat de notes constituant une sorte de thesaurus des relations russo-suisses entre 1780 et 1830, l’édition s’inscrit dans une approche d’« histoire croisée » (un historien russe, une historienne suisse), qui lui tient particulièrement à cœur. 

Danièle Tosato-Rigo a contribué de façon importante au développement de l’étude des écrits personnels, tant par ses propres recherches que par la direction de plusieurs projets FNS entre 2010 et 2018, parmi lesquels L’éducation domestique au miroir des écrits personnels en Suisse romande (1750-1820)Valorisation scientifique des écrits personnels de Suisse latine (1500-1820), et L’écriture de soi en Suisse romande : voyager et gérer au féminin (1720-1820). Elle dynamise la recherche internationale sur ces thématiques, comme en témoignent entre autres les volumes Appel à témoins. Egodocuments et pratiques socioculturelles (XVIe-XIXe s.) (2016) et Mémoires d’enfance (2021), codirigé avec Sylvie Mouysset, ou encore la réputée plateforme numérique Egodocuments.ch, qu’elle a développée avec Kaspar von Greyerz (Université de Bâle) et la collaboration de jeunes chercheuses de l’UNIL. Le rayonnement de ses travaux lui vaut d’être professeure invitée à l’Université d’État Lomonossov de Moscou en 2011, à l’École nationale des Chartes (Paris) en 2015, et à l’Université de Toulouse-Jean Jaurès en 2018. 

Soucieuse de toucher un public plus large, Danièle Tosato-Rigo a par ailleurs, à côté de conférences et d’interviews aux médias, mis sur pied des expositions visant à donner accès direct aux sources matérielles et textuelles locales, parmi lesquelles L’appel de l’Est. Précepteurs et gouvernantes suisses à la cour de Russie (avec Sylvie Moret-Petrini, BCU Riponne, 2017), et actuellement Papiers de famille. Une histoire de liens (16e-18e siècles) (BCU Riponne, 2022). Son implication dans la formation continue s’est traduite notamment par une participation de plus d’une décennie au certificat « Patrimoine et Tourisme » de l’Université de Genève, ainsi qu’à la direction du programme du Master en études avancées d’archivistique, bibliothéconomie et sciences de l’information (MAS ALIS) délivré conjointement par les Universités de Lausanne et de Berne.

La promotion et l’évaluation de la recherche constitue une autre facette de son engagement. Présidente depuis 2009 de la commission pour l’étude du XVIIIe siècle auprès de l’Académie suisse des sciences, Danièle Tosato-Rigo a également été secrétaire générale adjointe de la Société internationale pour l’étude du XVIIIe siècle (SIEDS) de 2015 à 2019. Depuis 2017 elle est membre du Conseil de la recherche du Fonds national suisse de la recherche scientifique et siège dans sa commission d’éthique et dans sa commission interdisciplinaire.

Pédagogue hors norme et d’une grande humanité, elle a œuvré inlassablement à la transmission d’un précieux savoir à la fois historique et méthodologique, et a grandement contribué au rayonnement national et international de la Section d’histoire et de la Faculté des lettres.

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